Rencontre avec Philippe Cuvelette de Moë-Kan

Nous avons croisé Philippe CUVELETTE dont la société Moë-Kan intervient sur la coordination des dispositifs de sécurité d'événements.
Moë-Kan propose une gazette sur son site internet et interviwe différents acteurs du secteur culturel.

 

Une vraie belle rencontre avec quelqu'un qui partage nos valeurs et notre approche du métier.

L'interview est disponible en cliquant ici sur le site de Moë-Kan ou ci dessous

Merci à Philippe pour ces échanges

MoeKan2020

 

La direction technique labelisée développement durable, c’est possible.

L’année dernière, via Artek Formations, nous avons croisé la route de Samuel Brouillet, gérant de Zébulon Régie. Cette société met en avant son approche éco-responsable de la régie d’événements. Loin d’être un affichage de façade « à la mode », cette démarche se concrétise bien au travers d’actions tangibles.  Nous avons donc voulu échanger avec Samuel sur les raisons qui l’ont amené à se lancer dans le processus de certification du label Prestadd et sur ses implications pratiques.

Moë-Kan : Cher Samuel, merci pour ce temps que tu nous accordes, et pour commencer, peux-tu nous conter l’histoire de Zébulon Régie ?

Samuel BROUILLET : J’ai une formation de musicien, puis d’enseignant, et j’avais fait quelques formations dans le domaine du Son pour faire les maquettes de mes projets musicaux.

Quand j’ai décidé de changer de voie professionnelle, je me suis intéressé aux métiers de la régie générale et j’ai fait les formations nécessaires pour apprendre ce métier.

Après avoir été intermittent quelques années, il me semblait que le format de l’entreprise me convenait mieux et me permettait d’avoir un outil structurel pour approfondir les enjeux personnels que je voyais à mon métier.

J’ai créé Zebulon Régie en janvier 2015 sur 4 intuitions fortes :

  • placer le développement durable au cœur de nos pratiques de Cadres Techniques
  • pouvoir employer toute l’équipe technique nécessaire pour un projet
  • développer des formations internes et des échanges de pratiques pour les régisseurs qui travaillent pour Zebulon Régie
  • venir en appui des régisseurs généraux afin de casser le relatif isolement de ce métier.

Aujourd’hui, nous sommes 6 employés à temps plein et nous travaillons avec une quarantaine de régisseurs et de techniciens dans l’Ouest sur des multiples projets : événements sur l’espace public, festivals, événementiel corporate, régie technique de salles, etc…

MK : Merci Samuel pour ces éclairages. J’ai cru comprendre que vous aviez obtenu un label qualité en termes de pratiques écoresponsable ?? est-ce le bon terme d’ailleurs ?

SB : Le terme Eco-responsable renvoie plutôt à la partie “environnementale”.

Une structure, un projet se disent souvent éco-responsables en référence à leur action pour limiter leur empreinte écologique et leur impact sur l’environnement.

Le développement durable est plus large : il interroge 3 volets : social, économique et environnemental. Il est donc plus large que le terme “éco-responsable”

Nous avons en effet obtenu le Label « PrestaDD »[1] en 2017. C’est un audit de 40 pages environ, sur un référentiel certifié par Ecocert qui interroge les 3 volets du développement durable, et plus particulièrement la structure, c’est à dire notre travail au bureau.

Mais nous avons souhaité aller beaucoup plus loin en interrogeant nos pratiques sur nos prestations.

Après un premier travail de réflexion et de mise en place en 2015 sur nos pratiques sur les événements dont nous assurons la direction technique et / ou la régie générale, nous avons mené une vague de Recherche & Développement entre septembre 2018 et janvier 2020 pour pousser notre réflexion.
Cela nous a permis d’avoir un questionnement très large, de développer des outils de travail et des process innovants et d’impliquer durablement toute l’équipe.
C’est un vrai choix engagé car cela nous a obligé à mettre sur la table une partie de nos économies réalisées pendant 3 ans.

MK : Par quoi se traduit concrètement dans vos pratiques et actions cette donnée ?

SB : Au bureau, il y a tout une réflexion et un plan d’action qui concernent nos habitudes, la gestion de nos déchets, de nos déplacements, de nos achats aussi.

Une réflexion aussi dans le choix des prestataires que nous sollicitons, avec des critères de sélections qui concernent la qualité du service, le budget mais aussi l’approche DD du prestataire.

En prestation, nous avons fait un gros travail sur la réduction et la gestion des déchets techniques qui nous a permis de bannir tout une partie des déchets à base de plastique, et d’avoir systématiquement jusqu’à 5 flux de tri des déchets.

Nous avons développé également en 5 ans des process innovants et extrêmement efficaces de maîtrise de l’énergie, ce qui va aboutir en 2020 à un double volet : en amont de la prestation dans le dimensionnement et pendant la prestation avec un audit énergétique. Cet audit va même être proposé en en prestation indépendante afin de fournir à l’organisateur des données brutes pouvant lui permettre de voir s’il surdimensionne ou pas son dispositif.

Enfin, nous travaillons à un protocole de Calcul Carbone, dérivé du Bilan Carbone de l’Ademe[2], afin de mesurer, diminuer et compenser les émissions de gaz à effets de serre de nos interventions sur les événements.

MK : Quel est ta vision sur le chemin qu’il reste à parcourir dans ce domaine à notre secteur d’activité ?

SB : Après 4 ans de recherche dans le domaine, j’ai proposé une formation de 2 jours sur l’approche éco-responsable dans la direction technique, mise en place avec le soutien du Réseau Eco-Événement et le Pôle des Musiques Actuelles à Nantes. La première session a eu lieu en janvier 2019.

Ayant avancé de manière assez autonome sur la question, je me demandais si mon approche allait vraiment apporter quelque chose à mes stagiaires, d’autant qu’il s’agissait de directeurs techniques et de régisseurs généraux d’événements réputés sur la région.

Or, cette formation a été très riche pour tout le monde. D’après leurs retours, elle répondait parfaitement aux besoins des cadres techniques présents, tant dans les solutions proposées que sur la méthodologie abordée.

Je remarque plusieurs choses qui sont les véritables enjeux de demain dans nos métiers :

  • Tout d’abord, les organisateurs, les structures de production, doivent absolument consulter leur direction technique quand elles se lancent sur le chemin du développement durable, sous peine de créer des tensions liées aux difficultés de faisabilité des propositions envisagées. De nombreux cadres techniques se désolent d’être informés trop tard, et quand ils font part des contraintes techniques, réglementaires, logistiques qui freinent ou empêchent les projets d’aboutir, ils se sentent mal.
  • Il est nécessaire également que les Cadres Techniques se forment pour apprendre à intégrer les éléments du développement durable dans leurs pratiques. On ne peut pas continuer à faire des événements sans se poser la question de leur impact environnemental et sans chercher à maîtriser cet impact. C’est un des enjeux majeurs des 10 prochaines années dans nos métiers.
  • Enfin, le développement durable, ce n’est pas que des économies budgétaires ! On le vend souvent comme étant une manière de réduire certains coûts, mais il est nécessaire aussi de donner des moyens financiers, matériels, humains aux directions techniques pour atteindre les objectifs visés.

Cela passe déjà par une enveloppe de temps de travail supplémentaire dans la préparation des événements pour avoir le temps réfléchir à ses pratiques, trouver de nouvelles solutions, développer les outils de travail et la méthodologie.

Mais également d’avoir la possibilité de tester de nouvelles solutions qui ne sont pas forcément les moins chères.

D’une manière générale, le fossé entre direction de production et direction technique s’est creusé sur le sujet de l’approche éco-responsable d’un événement.

Il est temps de le combler.

 MK : Fais-tu un lien entre ce domaine et la prévention des risques ?

SB : D’une manière générale, le développement durable vise à rendre durable les projets.
Et la prévention des risques poursuit d’une autre manière la même chose.
On ne peut pas envisager un événement comme étant durable sans une approche efficace des risques de nos pratiques professionnelles.
Et on ne va plus pouvoir parler d’un événement comme étant durable s’il n’intègre pas les trois volets du développement durable : social, économique et environnemental.
Ils font désormais partis tous les deux de nos métiers.
Et merci Philippe pour cette belle rencontre et pour ces échanges.

MK : Merci à toi Samuel et à bientôt dans les plaines des Moë-Kan.

 

Crédits photos : Canela Caravan, Philippe Cuvelette et Antoine Violleau

[1] Le label permettant de guider les entreprises du spectacle et de l’événement dans leurs démarches en faveur du développement durable (https://www.prestadd.fr/) .

[2] http://www.bilans-ges.ademe.fr/